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Histoire de La Fournaise par Alain GERENTE II

Le " volcan lontan " : Au temps des guides et des porteurs

Avant les années 60 l'exploration du volcan imposait la mise en place d'une expédition de 3 à 4 jours nécessitant guides et porteurs. Les activités volcaniques étaient rarement observées de près. Les rares visiteurs passaient quelques heures sur place le plus souvent une ou deux semaines après le réveil du volcan. Certaines éruptions de courte durée sont ainsi passées inaperçues, d'autres n'étaient connues qu'au bout de quelques jours, notamment en cas de mauvais temps sur le massif de la Fournaise. Aussi il était difficile de se faire une idée précise de la phénoménologie d'une éruption.

Le plus ancien des guides dont la mémoire est encore célébrée de nos jours est Josémont Lauret. Né à Saint-Pierre en 1818 , il découvrit les sources de Bras-Cabot en 1869. Le 5 octobre 1887, accompagné d'un autre guide Achille Guillemin, il devait emmener au volcan le responsable des Eaux et Forêts et le chef du Service Agronomique de l'époque. Les 4 hommes furent pris dans l'une de ces redoutables tempêtes hivernales dont nous vous avons parlé dans la rubrique climats. Ne voyant pas revenir l'expédition, le procureur de la république de Saint-Pierre et le gouverneur de la colonie organisèrent des recherches. 3 des voyageurs furent retrouvés épuisés près de la caverne des Lataniers, mais Josémont Lauret était mort le 6 octobre.
Une stèle qui lui rend hommage est dressée près du cratère Commerson à l'endroit ou son corps fût retrouvé, avec cette inscription " Il est tombé victime de son courage et de son dévouement à ses compagnons de route .Voyageur, rends lui hommage ".
Si vous passez près de cette stèle, vous y verrez une poignée de branles en guise de bouquet ou une scorie en souvenir, car les vieux guides encore vivants lui rendent régulièrement hommage.

Par la suite un forestier brigadier, Jasmin, devait prendre le relais et conduire les rares expéditions au volcan jusqu'à la première guerre mondiale. Des anciens se souviennent de lui, quand ils étaient enfants. Les recherches à son sujet menées dans les années 70 à l'aide des archives de l'ONF n'ont rien donné. Les documents le concernant ont disparu au cours du dramatique cyclone de 1948. De Jasmin il ne reste rien sinon la mémoire de quelques " gramounes " ( terme désignant les personnes âgées à la Réunion )..

Le plus célèbre des guides du volcan fût sans conteste Alfred Picard ( 1900-1978 ).


Vers les années 1910 son oncle accompagnait régulièrement Jasmin, mais mobilisé pour la première guerre mondiale, il devait en revenir gazé et éprouva des difficultés à exercer le métier de guide. C'est ainsi que le jeune Alfred prît progressivement la relève dans les années 20.

Comment allait-on au volcan à cette époque ? Lorsque une expédition était organisée, ce qui se produisait une ou deux fois par an en moyenne, la gendarmerie du 23ème km prévenue par télégramme montait à cheval à Bourg-Murat pour annoncer aux guides que " des touristes voulaient se rendre sur le volcan ". Dans les années 1920-1930 Bourg-Murat ne comptait qu'une dizaine de cases et une minuscule boutique. Les guides réquisitionnaient chevaux et porteurs, voire des boeufs qui portaient le " manger des chevaux ". Cette phase préparatoire prenait plusieurs jours. Le chargement confié aux porteurs était parfois inattendu : caisse en bois contenant vin, rhum et paillasson pour protéger de la casse. Au retour cette caisse revenait remplie d'échantillons prélevés sur le volcan.
Les porteurs partaient pieds nus et parvenus sur les coulées coupantes de grattons ( les aa des volcanologues ), ils enfilaient des " souliers gonis ", sorte de gants pour les pieds, taillés dans la toile de jute utilisée sur les bateaux pour le transport du riz ou de denrées diverses.

Le 1er jour de l'expédition, on se rendait jusqu'à la Caverne des Lataniers pour le déjeuner et le soir on atteignait un petit abri très sommaire situé près du Pas de Bellecombe. Les porteurs se partageaient alors en 2 équipes, l'une cherchait le bois pour chauffer la caverne et préparer la cuisine, l'autre partait à la recherche de la paille qui servait de matelas aux voyageurs. Cette paille souvent très humide était séchée près du feu pendant que le cuisinier préparait le dîner et que les porteurs racontaient des histoires souvent très inquiétantes sur le volcan et ses feux souterrains. On évoquait aussi la présence de l'âme de Madame Desbassins, une propriétaire de l'île qui avait laissé de très mauvais souvenirs.
Le ou les jours suivants étaient consacrés à l'exploration du Piton de La Fournaise. Ensuite une dernière journée était nécessaire pour revenir à Bourg-Murat. Cette époque héroïque était faite de souffrances et les anciens en gardent un souvenir d'autant plus mitigé que le volcan faisait un peu peur. Ils craignaient toujours que la Fournaise s'ouvre sous leurs pieds ...

Les nuits glacées dans la paille humide de la grotte près du Pas de Bellecombe étaient très inconfortables. Dans les années 20, Maurice Jean, professeur de sciences naturelles au lycée Leconte de Lisle de Saint-Denis, commença à suivre les éruptions du volcan.

Il devait convaincre l'ONF de construire un gîte près du Pas de Bellecombe. Ce premier gîte tout en bardeaux devint opérationnel en 1925. Il devait malheureusement brûler un peu avant la seconde guerre mondiale.

En 1933 l'auberge de Madame Burel ouvrit ses portes à Bourg-Murat, à l'emplacement de l'actuelle Auberge du Volcan. Pendant plus de 30 ans elle fût le point de rendez-vous et d'organisation de toutes les expéditions sur La Fournaise. C'était aussi l'endroit où l'on retrouvait chaleur et civilisation après plusieurs journées très éprouvantes. Si vous parlez de cette auberge aux anciens guides, vous verrez leur visage s'illuminer ...

Maurice Jean nous a laissé divers rapports sur l'activité du Piton de La Fournaise entre 1925 et 1939. Parmi les quelques éruptions de cette période, 2 sont à l'origine des plus grands cratères de l'Enclos : le Puy Haug ( 1931 ) situé dans la Plaine des Osmondes et le Signal de l'Enclos ( 1939 ).

Signal de l'Enclos :



Le Puy Haug édifié par l'éruption la plus importante du 20ème siècle, déversa 130 millions de mètres cube de lave et plusieurs de ses coulées atteignirent la mer.

Arrive la seconde guerre mondiale. La diminution drastique des bateaux qui assuraient la liaison avec la métropole engendra de nombreux problèmes : manque de vêtements, de nourriture, de carburant. Le volcan et ses éruptions disparurent du champ d'intérêt local et plus aucune visite ne fût organisée. On sait simplement que 2 coulées de lave atteignirent la mer en mars-avril 1943, mais il ne reste de cet évènement que 2 ou 3 photos prises par le directeur de l'Enregistrement de l'époque.

Après la guerre le volcan redevint un centre d'intérêt. Un nouvel abri toujours présent et situé sous le gîte actuel fût inauguré en 1948, peu après l'éruption du " Château Fort " en février 1948.

Château fort :

Désormais tous les 2 à 3 mois une expédition était organisée et Marcel Ducrot, le nouveau conservateur du musée Léon Dierx à Saint-Denis, se passionna pour La Fournaise. Il nous a laissé une cartographie précise de toutes les coulées depuis l'après guerre jusqu'en 1960.
Un peu avant les années 60 Auguste de Villèle commença à prendre la tête de différentes expéditions. Il fût un observateur infatigable des éruptions jusqu'en 1972 et fût témoin de la formation de La Soufrière en décembre 1964.

1957 fût une date importante dans l'histoire du Piton de la Fournaise : c'est l'année où débuta la construction de la route forestière du volcan. 2 années plus tard, elle atteignit le Nez de Boeuf. Désormais le gîte n'était plus qu'à 4 heures de marche, les randonneurs commencèrent à s'y rendre le week-end lorsque le temps était favorable.

En 1961 une coulée atteignit la mer.

La nouvelle se répandit dans toute l'île et comme l'automobile s'était démocratisée depuis quelques années, le premier week-end qui suivit le début de l'éruption, près de 50 000 personnes prirent la route du Grand-Brûlé afin d'assister au spectacle de la lave se jetant dans l'océan. Ce fût le plus grand embouteillage de l'histoire de l'île.
La plupart des automobilistes coincés sur une route étroite qui n'avait jamais été prévue pour une telle affluence, durent passer 24 heures sur place ! Le cratère à l'origine de cette coulée, situé Plaine des Osmondes à proximité du Puy Haug fût baptisé ultérieurement Alfred Picard en l'honneur de ce guide qui conduisit les expéditions pendant une cinquantaine d'années.
La fin de cette éruption fût marquée par un épisode phréatomagmatique dans le Dolomieu à l'endroit de l'effondrement de décembre 2002. Pendant plusieurs heures des cendres furent expulsées à près de 6000 mètres d'altitude.



Le volcan étant devenu populaire, l'ONF décida d'agrandir le gîte et de construire une grande maison pour un gardien, maison pouvant servir les repas aux randonneurs.
1962 est l'année où le premier gardien du volcan prit son poste. C'est Jacques Picard qui fût choisi, il avait 22 ans ; meubles, lapins, poules, tout fût transporté à dos d'homme et Jacques s'installa dans son nouveau " palace volcan ". Il devait y rester 38 ans !

Pendant ce temps la construction de la route avançait. En 1966 elle atteignit le cratère Commerson. Le gîte n'était plus qu'à 2 heures de marche le long d'un superbe itinéraire que l'on peut emprunter de nos jours en suivant le GR 2. Mais le Piton de La Fournaise qui venait de se manifester avec l'éruption du Maillard situé à quelques centaines de mètres à l'Est du Dolomieu, n'apprécia guère toute cette agitation et décida de se mettre en grève.
Depuis le début du siècle les intervalles de temps séparant 2 réveils du volcan s'échelonnaient entre quelques mois et 2 ans ½. Mais le calme régnait maintenant sur le volcan. Le Piton de la Fournaise s'était endormi !
La nouvelle route atteignit le gîte du volcan et le Pas de Bellecombe début 1968, toute La Réunion afflua sur ce site et des milliers de randonneurs partirent à l'assaut des cratères sommitaux désormais accessibles en quelques heures de marche ?

Le samedi soir le cari au Gîte du Volcan devint tellement populaire que les réservations devaient être faites auprès de l'ONF plusieurs mois à l'avance !


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