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Histoire de La Fournaise par Alain GERENTE III

Les éruptions de 1970 à 1980

Arrive juin 1972, le volcan sommeille depuis 6 années quand il émet quelques grognements. Une faille miniature émet des fontaines de quelques mètres de haut sur le versant sud du Dolomieu pendant quelques heures. C'est le signe avant-coureur d'un vrai réveil.
L'activité principale débuta début août et s'acheva le 10 décembre après avoir construit une dizaine de cônes pyroclastiques.

Plusieurs évènements vont marquer cette phase éruptive.
C'est la première éruption depuis que la route forestière du volcan est ouverte. Inquiet devant l'afflux des visiteurs le Préfet publie un arrêté interdisant l'accès de l'Enclos le 9 août. C'est le tollé général ! Suite à la polémique qui enfle et à un pamphlet dans le Journal de l'île écrit par Jacques Lougnon, une personnalité très écoutée de l'île, l'arrêté préfectoral est modifié et désormais tout groupe désirant se rendre sur l'éruption doit s'inscrire auprès de la sous-préfecture de Saint-Benoît, sous condition d'être accompagné d'un guide accrédité par l'ONF. Mais malheureusement il y en a très peu.
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Quelques jours plus tard, c'est le week-end et le drame se noue. Accéder au site éruptif situé un peu au-dessus du Piton de Crac nécessite 4 heures de marche essentiellement sur des coulées de grattons.


3 groupes autorisés, 28 personnes plus les guides et porteurs, se rendent sur le site actif. Il fait très mauvais temps, une de ces terribles tempêtes hivernales se prépare. Mais les randonneurs savent qu'ils ont eu la chance d'avoir un guide autorisé et que c'est probablement la dernière possibilité de se rendre sur l'éruption, car la liste des inscrits pour une visite sur le site s'est allongée ...
Les 3 groupes vont atteindre le cratère actif, mais la tempête se déclenche. Le froid glacial et les rafales à près de 100 km/h vont avoir raison des plus faibles. Une partie des randonneurs n'a plus la force de revenir. Quelques guides vont chercher du secours, mais le bilan sera lourd : 3 sont morts de froid et une dizaine de personnes seront hospitalisés pour gelures diverses ...
Suite à ce drame la polémique continue, car plusieurs randonneurs déclarent qu'ils ne se seraient pas rendus sur le lieu de l'éruption s'ils avaient eu la possibilité de refaire une tentative quelques jours plus tard ...

Là-dessus le volcan décide de calmer le jeu. L'éruption en cours stoppe et reprend début septembre à une heure de marche seulement du Pas de Bellecombe. L'arrêté préfectoral est supprimé et les interdictions d'accès à l'Enclos n'auront plus cours jusque dans les années 90 ...
Le nouveau cône est baptisé cratère Magne du nom de l'une des 3 victimes décédées un mois auparavant.
Ce cratère a un succès médiatique phénoménal. Le premier week-end de beau temps qui suit son ouverture, près de 5000 personnes vont passer la nuit à son chevet. Du jamais vu !
L'éruption du Magne se termine début octobre et va se poursuivre dans le Sud-Est de l'Enclos, loin du Pas de Bellecombe. L'impact médiatique retombe, les réunionnais ont vu une éruption de près. Seuls quelques rares " afficionados " vont désormais se rendre sur les sites actifs.

Á cette époque je commençais à parcourir l'Enclos et à filmer les éruptions avec une caméra 16mm, accompagné le plus souvent par Roland Bénard qui devait par la suite publier 2 livres de photos sur les éruptions de 1972 à 1986. Notre principal problème était l'eau. Les éruptions dans l'Est de l'Enclos demandaient 12 à 15 heures de marche aller-retour, dont les ¾ sur d'abominables coulées de gratons.
Photographier et filmer les coulées de lave nécessitait de s'approcher assez près du cratère. L'intense chaleur rayonnée nous faisait consommer de grandes quantités d'eau et dans la pratique nous ne pouvions passer qu'une nuit sur place. Nous avions multiplié les visites, ce qui nous avait permis de reconnaître les différentes coulées et cônes de ce secteur, expérience indispensable pour ne pas se perdre dans le brouillard qui recouvre en général cette région de l'Enclos ( à cette époque le GPS était inconnu ! ), mais en même temps je me rendais compte que pour bien suivre une éruption et en comprendre la phénoménologie, il aurait fallu passer plusieurs jours sur place.

La dernière phase de cette activité éruptive se déroula entre le 15 novembre et le 10 décembre 1972 près du Nez Coupé du Tremblet. Le cône imposant qui s'édifia fût baptisé plus tard " le Gros Bénard ".

Á 200 mètres en aval un lac de lave de 2 hectares se forma dans une dépression et pendant une quinzaine de jours se comporta comme les rares lacs de lave basaltiques observés récemment : Halemaumau avant 1924 à Hawaï, Nyiragongo au Zaïre ou l'Ertale en Érythrée actuellement.

5 mois plus tard du 10 au 28 mai 1973 une fissure éruptive s'ouvrit dans le Dolomieu à l'emplacement exact de l'éruption phréatomagmatique de 1961, de l'effondrement du 23 décembre 2002 et de l'éruption du Kaf en juin 2003.
Puis le volcan s'endormit pour 30 mois.

Nous mîmes à profit cette période de calme pour truffer l'Enclos de réserves d'eau sous forme d'eau minérale en bouteilles d'aluminium. Ainsi plus de 100 litres furent cachés au pied de différents cônes ! Mais l'Enclos est vaste et ces réserves se révélèrent évidemment insuffisantes.
Entre-temps mes amis Katia et Maurice Krafft m'avaient emmené sur une éruption hivernale de l'Etna et nous avions campé une semaine dans la neige. Nous nous promîmes de renouveler cette expérience sur La Fournaise.
Le volcan se réveilla le 4 novembre 1975, 48 heures plus tard Katia et Maurice débarquaient à La Réunion et, grâce à l'aide de l'Armée, nous installâmes un camp pendant une dizaine de jours dans le fond du cratère Dolomieu à 200 mètres du site de l'éruption.

Le fond du Dolomieu n'était pas très accessible à ce moment-là, aussi nous recevions peu de visites, mais chaque jour des centaines de visiteurs passaient la nuit au dessus de nous au bord du cratère, prenant des milliers de photos au flash. Quel spectacle étrange d'être au fond d'un gouffre et d'apercevoir toutes ces lumières évanescentes au dessus de nous, on aurait dit un ballet de lucioles ...

Cette activité s'arrêta au bout d'une quinzaine de jours et mes amis repartirent pour un cycle de conférences. Mais la phase principale de cette éruption débuta un peu avant Noël et devait durer jusqu'à début avril 1976.
Une surprise nous attendait quand nous parvînmes sur le site de l'éruption le 24 décembre 1975. Pas de cratère ! Á sa place un trou béant dans le sol de 8 mètres de diamètre d'où s'exhalaient de grandes bouffées de gaz et des flammes de 15 mètres de haut, le tout dans un silence total. Au loin, en aval, une coulée de lave extrêmement fluide, coulée de pahoehoe, s'échappait d'une fissure à grande vitesse, près de 50 km/h ?Aucune trace de projections ou de fontaines de lave !
Je pensais immédiatement à Auguste de Villèle ! C'était exactement ainsi qu'il avait vu la formation de La Soufrière, 21 ans auparavant, à Noël 1964.
La fissure éruptive qui commençait 200 mètres au dessus de l'évent avait dû dans sa partie aval rencontrer une caverne souterraine et la séparation des phases liquide et gazeuse devait s'effectuer en profondeur au lieu de se produire en surface, le magma ayant trouvé une voie latérale pour s'échapper et les gaz remontant à la verticale par cet évent.

Ce jour de Noël 1975 nous étions probablement dans la même configuration qu'à Noël 1964, mais le point de sortie du magma au fond du gouffre devait se boucher, car quelle ne fût pas notre surprise en revenant sur les lieux 3 jours plus tard de découvrir à la place de l'évent un cône d'une dizaine de mètres de haut avec de belles fontaines de lave ...
Pour revenir à La Soufrière, quelques années plus tard le commandant de gendarmerie Mollaret organisait la première ( et peut-être la dernière !) descente dans ce puits. Elle se révéla être un gouffre de 200 mètres de profondeur ayant la forme d'une bouteille dont le trou visible en surface correspond au goulot. Ainsi en profondeur c'est une vaste caverne dont le toit risque un jour de s'effondrer. Averti de ce fait l'ONF installa des barrières de sécurité, il est vrai fort peu esthétiques, à bonne distance du gouffre.

De janvier à mars 1976, 6 cônes furent édifiés. Nous dormions près de l'un d'eux encore en activité, le Bonnet, le 18 janvier vers 1400 mètres d'altitude quand une fissure s'ouvrit à 200 mètres de nous au milieu des palmistes et des fougères arborescentes. C'est un spectacle incroyable de voir le sol se gonfler et se dégonfler comme s'il était élastique avant l'apparition des premières fontaines de lave.

Le cratère du Passage était en train de naître, ses coulées traversèrent la RN2 quelques jours plus tard avant de stopper brutalement à 300 mètres de l'océan. La raison fût vite connue, plus haut dans l'Enclos l'éruption du Langlois commençait ...

Maurice et Katia Krafft étaient de retour, un camp de 3 semaines, près du cône en formation à 1800 mètres d'altitude, fût organisé de nouveau avec l'aide de l'armée.
Ce séjour sous la tente nous donna une bonne idée du temps qui régnait à cette période de l'année dans cette région de l'Enclos. Il pleuvait en moyenne 18 heures par jour ! Nous vécûmes dans un épais brouillard humide, mais chaud grâce au chauffage fourni par les coulées situées en contrebas à une cinquantaine de mètres de nous !

Les quelques heures journalières de temps potable nous ont permis de bien comprendre le fonctionnement d'une éruption classique de l'Enclos à l'extérieur du Dolomieu :
La première demi-heure de l'activité plusieurs fissures en échelon s'ouvrent de l'amont vers l'aval. Mais seule l'une des fissures les plus en aval reste active au bout d'une demi-journée (dans le cas d'une fissure unique suffisamment longue, la partie amont cesse rapidement toute activité).


Les fontaines de lave dues à l'expansion des gaz magmatiques jaillissent tout le long de ces fissures, puis finissent par s'individualiser et après 48 heures d'activité, il n'en reste le plus souvent qu'une seule. Les projections édifient alors un cône ouvert du côté où la lave s'écoule, donc vers l'aval. La coulée tend à s'enfoncer car elle fond le substrat sur laquelle elle circule. Au bout de quelques jours un chenal de quelques mètres de profondeur est en place.
Progressivement la partie supérieure de la coulée en contact avec l'atmosphère se fige, une croûte se forme. Ainsi commence la formation d'un tunnel de lave. La progression du toit peut atteindre de 50 à 100 mètres par jour ! Au bout d'une quinzaine de jours ce tunnel où circule le magma peut atteindre de 500 mètres à 1 km. Cette évolution permet à la lave de se dégazer le long de son parcours souterrain tout en gardant une température supérieure à 1100°.
Aussi dès que le tunnel atteint quelques centaines de mètres, le magma chaud et dégazé ayant perdu une grande partie de sa viscosité d'origine, émerge en général sous forme d'une coulée très fluide de pahoehoe.


Ainsi tout le soubassement de l'Enclos est rempli de tunnels de lave souvent de plusieurs mètres de diamètre. Le plus souvent le toit de ces tunnels contient de nombreuses stalactites. Nous avons eu l'occasion d'observer leur formation liée à deux causes bien distinctes : Il s'agit soit des gaz s'échappant du magma qui liquéfient le toit du tunnel, soit des variations du débit de la lave. Lorsque ce débit augmente le magma très fluide remplit complètement le tunnel, s'accroche au toit et se refroidit en pendouillant ?

Il arrive que le toit du tunnel s'effondre. Cette sorte de lucarne permet alors d'entrevoir la coulée souterraine.


Ce tunnel se bouche régulièrement lors d'une arrivée massive de magma provenant du cratère en activité. Dans ce cas le toit cède et un geyser de lave peut apparaître. Les hornitos que l'on trouve occasionnellement sur les coulées sont la trace de tels évènements.
Comme vous vous en doutez, il vaut mieux ne pas s'attarder au dessus du tunnel. Sa trajectoire est facile à deviner. Il est en effet jalonné tous les 50 à 100 mètres de fumerolles bleues qui trahissent la présence des gaz s'échappant de la coulée circulant dans le tunnel. Dans le cas d'une éruption de longue durée, comme celle du Kapor en 1998, ces tunnels peuvent atteindre jusqu'à 5 km de long (à titre de comparaison la longueur du tunnel du Pu'u Oo actuellement en activité à Hawaï est de 7kms, mais certains atteignent jusqu'à 25 kms !).

Pour en revenir au Piton de La Fournaise l'éruption de 1976 devait se terminer de manière très étrange. Lors de notre dernière visite début avril, 48 heures avant la fin de l'activité, l'ultime cratère de cette éruption se comportait comme un geyser ! 45 minutes de calme total, puis subitement 10 000 m3 de lave étaient expulsés en 5 minutes, suivaient 3 minutes d'explosions sèches de plus en plus violentes puis tout cessait et le calme recommençait. On aurait pu être tenté de monter sur le bord du cône actif pour jeter un ?il à l'intérieur, mais le sol était trop chaud ?

Les périodes calmes devaient correspondre à l'accumulation et la coalescence de bulles de gaz sous le toit d'un réservoir magmatique proche.
Cette éruption 1975-1976 fût l'objet d'un film intitulé " Piton de La Fournaise " que je coréalisais avec Maurice Krafft. Ce documentaire de 26' fût primé par le Centre National du Cinéma ( il fait partie du DVD 1 " Il était une fois La Fournaise " ).

L'année suivante, en avril 1977, devait avoir lieu l'éruption hors Enclos qui traversa le village de Piton Sainte Rose, détruisant une vingtaine de maisons et pénétrant dans l'église. Le bâtiment principal de cet édifice religieux fût finalement épargné, mais une partie des vitraux explosa sous l'effet de la chaleur. L'église miraculée fût baptisée " Notre Dame des Laves "

Vers la fin de l'éruption la coulée de lave atteignit une vitesse incroyable, plus de 80 kms/h !

Cette fois les autorités furent convaincues de l'absolue nécessité de la présence d'un Observatoire Volcanologique. Celui-ci fût inauguré 3 ans plus tard en 1980.

Il y a la période d'avant la route forestière et la période d'après. Mais il y a aussi la période d'avant l'existence de l'Observatoire et la période d'après. Avant 1980 les éruptions étaient annoncées par la rumeur publique le plus souvent parce que des lueurs rouges étaient visibles la nuit au-dessus du volcan. Les premiers visiteurs n'arrivaient sur les éruptions que quelques jours après le début de l'activité. Aussi on avait peu d'idées sur le spectacle et les phénomènes des premières 24 heures.
Désormais les médias annoncent le réveil du volcan dans les heures qui suivent le déclenchement de l'éruption. Il est donc possible de se rendre immédiatement sur le site de l'activité pour peu que la météo le veuille bien ...
Mais les autorités préfectorales sont aussi prévenues ... Inquiètes de voir une foule non préparée se lancer à l'assaut du volcan par des voies non balisées, elles se montrent frileuses ; aussi le volcan est souvent interdit d'accès les premiers jours de l'activité éruptive. Une porte même a été mise en place au Pas de Bellecombe ! Lorsque l'éruption se déclenche, elle peut être fermée si la Protection Civile juge nécessaire d'interdire l'accès à l'Enclos.

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