Les éruptions récentes
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L’ACTIVITÉ DU PITON DE LA FOURNAISE EN 2007 (photos Paul-Edouard BERNARD DE LAJARTRE, www.delajartre.com)
LE DOLOMIEU ACTUEL:
AVANT:

À peine une semaine après l’arrêt de l’éruption au cours des deux premières heures de l’année 2007, la reprise de la sismicité et l’amorce d’une petite inflation indiquèrent que le Piton de La Fournaise n’allait pas tarder à reprendre du service. Début février l’Observatoire annonça qu’une nouvelle éruption était en préparation.
Le volcan se réveilla un peu avant 17 heures le 18 février : un survol juste avant la nuit, permit de découvrir qu’une fissure éruptive traversait le Dolomieu d’Est en Ouest et réapparaissait sur le flanc Est du Dolomieu. Mais l’éruption faiblissait très vite et stoppait peu après minuit.
Il apparût très vite à l’Observatoire que cette courte activité était juste le prélude d’une éruption de plus grande ampleur en préparation. De plus l’aspect des laves émises laissait penser qu’il s’agissait d’un résidu des laves de l’éruption précédente.
La sismicité reprit avant la fin février et s’accentua au cours des semaines suivantes.
Un mois plus tard une moyenne d’une centaine de séismes journaliers et l’inflation significative du sommet du volcan amenèrent l’Observatoire à pronostiquer une éruption à court terme. Le 26 mars la Préfecture de La Réunion déclencha la « vigilance volcanique ».
Le réveil du volcan intervint à 23 heures le 30 mars dans la région du 2ème Formica Léo sur le flanc sud-est du Piton de La Fournaise. L’éruption s’arrêta vers 8 heures le lendemain matin, mais la sismicité migra vers le flanc est-sud-est et atteignit un seuil impressionnant : un séisme par minute le 1er avril !
La nouvelle phase éruptive était attendue dans la partie basse de l’Enclos. Elle débuta vers 10 heures le 2 avril par l’ouverture d’une fissure entre 600 et 700 mètres d’altitude à proximité du Rempart du Tremblet.
Compte tenu de la proximité de l’océan, les coulées de lave parvinrent à la mer au cours de la nuit suivante. Le lendemain on nota une augmentation impressionnante de l’activité sismique sous le Dolomieu (1000 séismes journaliers), aussi l’Observatoire diffusa un message d’alerte prévoyant la possibilité d’un effondrement du Dolomieu.
Le 4 avril des séismes de magnitude supérieure à 3 furent ressentis au gîte du volcan, tandis qu’une déflation du Dolomieu était enregistrée par les réseaux de déformation. La zone sommitale du volcan étant devenue dangereuse, l’Enclos fût fermé même aux professionnels.
Pendant ce temps le débit de lave atteint un niveau exceptionnel, un record pour La Réunion, plus de 100 m3 par seconde (8 à 10 millions de m3 jour !). Les coulées joignaient l’océan sur un front de plus d’un kilomètre et provoquèrent la formation d’un panache de vapeur et d’acide chlorhydrique dont la hauteur les 5 et 6 avril fut estimée à 3000 mètres !
Dus à la fragmentation des torrents de lave au contact de l’océan, cheveux de Pelé et fins grains de lave étaient emportés par le panache et transportés dans toute l’île. La végétation du Grand Brûlé et de la région du Tremblet partiellement brûlée par les pluies acides et les retombées de particules de lave, a beaucoup souffert de cet épisode.
Le Dolomieu commença à s’effondrer dès le 6 avril au matin, mais la météo très défavorable empêcha toutes observations. Le 7 au matin avec le retour d’un temps plus favorable, un survol hélicoptère permit de découvrir l’ampleur du phénomène.
La plateforme du Dolomieu était remplacée par un gouffre de 350 mètres de profondeur et le volume de roches disparu fût estimé à 50 millions de mètres cubes ! Le fond du Dolomieu est donc maintenant à une altitude inférieure de 50 mètres en-dessous du plancher de l’Enclos.
Le dernier effondrement de l’ensemble du Dolomieu remonte à 1930-1931, mais était de moindre importance. L’effondrement antérieur dont le volume n’est pas connu date de 1860 !
Ce superbe cratère dont le fond était tapissé de splendides laves pahoehoe torsadées suite à l’activité de la fin 2006 est devenu un énorme gouffre peu esthétique aux bords instables et dangereux. Un visiteur de passage ne connaissant pas l’histoire du Piton de La Fournaise pourrait se croire sur un volcan explosif .
Ces effondrements vont se poursuivent au cours des jours suivants et seront accompagnés de panaches de cendre. Même « La Soufrière » va faire les frais de ces évènements. Une énorme fissure s’est également ouverte dans le Bory et une petite partie de ce cratère pourrait bien avoir disparu au fond du gouffre au moment où vous lirez ces lignes.
L’activité éruptive en bord de mer diminua à partir du 7 avril, même si, le matin du 7, deux magnifiques fontaines de lave dépassant une centaine de mètres de hauteur étaient encore visibles à plus de 10 kilomètres. L’éruption s’arrêta une dizaine d’heures le 10 avril, mais dès le lendemain on pouvait admirer de nouveau les 2 fontaines, bien qu’elles soient de moindre ampleur, et de nombreuses coulées de lave. Le matin du 13 une petite éruption phréato-magmatique marqua la fin de la fontaine de lave amont. Celle restante disparut 2 jours plus tard. À partir de 16 avril le cratère fût le siège d’un intense dégazage et occasionnellement d’une torchère de gaz brûlant visible la nuit.
Les jours suivant s’édifia à partir de la base du cratère un long tunnel à l’intérieur duquel cheminait la lave. Son parcours était parsemé en surface par une demi-douzaine de petits hornitos, formés lors d’une augmentation brutale de pression dans le tunnel.
La lave émergeait en surface vers 300 à 400 mètres d’altitude avec un débit variable, et atteignait occasionnellement l’océan lorsque ce débit était maximum.
Le matin du 28 avril trois des hornitos et le cratère émettaient de grandes flammes. L’éruption s’arrêta le 30, mais des coulées de lave provenant de la vidange des tunnels étaient encore visibles au bord de l’océan les jours suivants.
L’Observatoire Volcanologique estime à 120 millions de m3 le volume de lave émis, ce qui en fait de cette éruption une des plus importantes connues. Un tiers de ce volume s’est épanché en mer construisant une plate-forme de 35 hectares. 4 Km2 de forêts et de ravines ont été recouverts par la lave.
Cette éruption émit une énorme quantité de gaz sulfureux, de cheveux de Pelé, de fines particules de lave, ce qui, joint au panache d’acide chlorhydrique, engendra une forte pollution sur toute la partie est et sud de l’île. Certains jours la visibilité dans les hauts du sud de l’île ne dépassait pas 1 km par beau temps ! Des couchers de soleil d’un rouge inhabituels ont émerveillé les touristes de passage, compensant leur frustration de ne pouvoir approcher les phénomènes volcaniques, la zone d’éruption étant fermée au public.
Depuis la fin avril l’observatoire enregistre chaque jour des séismes profonds situés entre 1 et 7 km sous le niveau de mer, signaux pouvant être interprétés comme une réalimentation en profondeur de la chambre magmatique superficielle, chambre située entre 0 et 500 mètres d’altitude sous le Dolomieu.
Compte tenu de la persistance de ces séismes dans les jours qui ont suivi la fin de l’éruption, l’Observatoire n’exclut pas une reprise éventuelle prochaine de l’activité éruptive.
Début mai l’Observatoire estimait que le nouveau volume de l’intérieur du cratère Dolomieu était proche de 150 millions de m3, c'est-à-dire que le volume des effondrements depuis le 6 avril était déjà largement supérieur à 100 millions de m3.
Comme de nombreux éboulements continuent dans le Dolomieu (au moins un par demi-heure), l’ouverture prochaine de l’Enclos en ce début du mois de mai 2007 reste très problématique.
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L'activité du Piton de La Fournaise en 2006
 
photos: Paul-Edouard BERNARD DE LAJARTRE, www.delajartre.com
Après la spectaculaire éruption qui s'est déroulée dans la Plaine des Osmondes entre le 26 décembre 2005 et le 18 janvier de cette année, le Piton de La Fournaise est resté calme et la sismicité faible jusque début avril.
Les premiers signes d'un futur réveil du volcan sont apparus vers la mi-avril avec une petite augmentation du nombre de séismes journaliers et un début de déformation de la zone sommitale.
Fin mai, dans son bulletin mensuel, l'Observatoire Volcanologique signale une nette ouverture du cratère Dolomieu vers le Nord Est, de l'ordre de 5 cm. Fin juin on note jusqu'à 60 séismes par jour avec un soulèvement de l'ordre de 3 cm des cratères sommitaux.
Début juillet, l'ouverture du Dolomieu atteint 7,5 cm et l'Observatoire lance un avis de " pré-alerte " en indiquant que " une éruption va intervenir dans les jours ou les semaines qui viennent ". Le 20 juillet une crise sismique intense commence peu après 2 h du matin. Une première fissure éruptive s'ouvre 2 heures plus tard au Sud-Ouest du Dolomieu, au-dessus du Rivals et devait rester active jusqu'en début d'après-midi.
Un peu avant 6 h du matin une seconde fissure s'ouvre le long de la piste balisée reliant le Rivals et le Château Fort. Elle émit de faibles coulées de lave jusqu'au 14 août où cessa toute activité éruptive et construisit un cône presque parfait. Il fût baptisé le " Piton de la Paix " en référence aux tragiques évènements qui se déroulaient à cette époque au Liban.
Le volume de laves émises au cours de cette période de 26 jours, entre 2 et 3 millions de mètres cubes, s'est révélé très nettement inférieur à celui à l'origine du gonflement " pré-éruptif " de juillet. Il restait donc du magma en surplus dans le réservoir superficiel du volcan. Ce fait amena Thomas Staudacher, directeur de l'Observatoire Volcanologique, à pronostiquer une reprise de l'activité dans les mois suivants.
Le réveil de La Fournaise se fit pratiquement sans signes précurseurs le 30 août et surprit tout le monde.
Deux fissures s'ouvrirent vers 11 h 35, la première très active dans la partie Sud Est du cratère Dolomieu à peu de distance du rempart, la seconde extérieure au Dolomieu, à quelques mètres du bord du rempart, n'émit des laves que quelques heures donnant naissance à une petite coulée qui s'arrêta au nord du cratère Maillard.
Un groupe d'étudiants en volcanologie de diverses universités françaises qui ne s'attendait évidemment pas au réveil du volcan, se trouvait dans le cratère Bory, à un kilomètre environ des fissures éruptives, lorsque l'éruption a commencé.
D'après leur témoignage, il ne s'est pas passé plus de 10 secondes entre le bruit d'effondrement signalant l'ouverture des fissures, l'expulsion des premiers gaz volcaniques et l'apparition des fontaines de lave. On peut maintenant répondre à la question que " les coureurs de volcan " locaux se posent à l'occasion : Est-il possible de fuir quand on perçoit des vibrations sous ses pieds annonciateurs de l'irruption imminente d'un dyke à l'air libre ? La réponse est évidemment négative et il vaut mieux éviter de flâner dans le fond du Dolomieu quand la menace d'une éruption prochaine plane ...
À notre arrivée, Paul Edouard et moi, sur le site éruptif, un peu avant 16 heures ce 30 août, une coulée de lave recouvrait le quart Nord Est du Dolomieu provenant d'un cône échancré de 3 à 4 mètres de hauteur, émettant des fontaines hautes d'une cinquantaine de mètres. Á environ vingt mètres de ce cône, un lac de lave qui devait rester actif jusqu'à minuit, entourait une partie de la fissure éruptive. Ce lac était nourri par une fontaine à son bord Est, le long du rempart, et la lave émise traversait lentement la surface du lac, soulevée par des bulles de gaz dépassant le mètre de diamètre, avant de disparaître dans une fosse à son bord Ouest.
Nous avions déjà observé le même phénomène dans les premières heures de l'éruption du 4 octobre 2005 située, elle aussi, dans le Dolomieu.
Il était possible de s'approcher à une vingtaine de mètres du lac et de le surplomber, mais, malgré le vent favorable, la chaleur rayonnée était insupportable. Pour effectuer les prises de vues, films et photos, il nous fallut s'abriter sous laines polaires et anoraks et observer le phénomène à travers ... les viseurs des appareils, ce qui ne nous évita pas d'attraper quelques brûlures bénignes.
Le soir du 1er septembre, après avoir atteint une dizaine de mètres de hauteur, c'est-à-dire le niveau du bord du Dolomieu à cet endroit, le cône égueulé finit par se refermer, l'échancrure ayant été obstruée par d'énormes blocs provenant de l'effondrement de la paroi interne du cône. La lave circula désormais dans des tunnels et de nombreuses résurgences furent observées entre le cône et la base du rempart près de " La Soufrière ".
Le lendemain le Préfet décida d'une ouverture partielle du volcan aux non professionnels : la porte qui condamne l'accès à l'Enclos fût désormais, sauf mauvais temps, ouverte à 6 H le matin et refermée le soir à 18 H. L'accès au cratère Bory était interdit, mais 2 plateformes d'observation et un service de sécurité étaient installés au lieu dit " La Soufrière " et à peu de distance du nouveau cône volcanique.
 
photos: Paul-Edouard BERNARD DE LAJARTRE, www.delajartre.com
Á partir du 3 septembre brouillard, vent et pluie s'invitèrent sur le volcan pour une semaine. Le 10 septembre on constata qu'un cône d'une vingtaine de mètres de hauteur s'était construit et que les projections avaient pratiquement recouvert la zone séparant ce cône du bord du rempart.
Le nouveau cône très imposant fût alors baptisé " La Wouandzani ", ce qui signifie Piton de " la fraternité " en comorien. Les noms des plus importants cônes volcaniques de ces dernières années sont donnés par le directeur de l'Observatoire. Ils font en général référence à des divinités du panthéon religieux, des personnalités ou des noms d'origine indienne , chinoise , arabe , africaine ( Kapor, Célimène, Pârvédi, Morgabim, Tourkal, Madore, Gwanyin, Payanke, Qâf ). Vous pourrez trouver l'origine de ces noms et l'histoire des éruptions correspondantes dans la rubrique " Histoire du Piton de la Fournaise " de mon site www.alaingerente.com .
Le 12 septembre une petite fontaine de lave apparût au pied du Wouandzani en bordure du rempart, donnant naissance à une mare de lave au même emplacement que celui du 30 août. Ce petit lac s'élevant progressivement, finit par atteindre le niveau du rempart pour déborder à l'extérieur donnant naissance à une petite coulée de " shelly pahoehoe " qui s'épancha sur une courte distance en direction du cratère Maillard.
Suite à cet épisode, il est maintenant possible, pour la première fois depuis 1930, de pénétrer de plain-pied dans le Dolomieu. Il n'est plus nécessaire de " descendre dedans " !
Deux jours plus tard se produisit une subsidence du lac consécutive à l'évacuation de la lave vers l'intérieur du Dolomieu, puis le lac cessa d'être actif.
Á partir du 15 septembre des nappes de pahoehoe ont lentement recouvert et " damé " la plus grande partie du plancher du Dolomieu, pour le plus grand plaisir des scientifiques de l'Observatoire et des " aficionados " du volcan qui pourront désormais visiter ce cratère ( en dehors des périodes d'imminence d'éruption ! ) sans avoir à franchir les traditionnelles et éprouvantes coulées de gratons, les " aa " locaux qui recouvraient précédemment le fond du Dolomieu.
Pendant cette période un lac de lave assez agité s'est maintenu dans " La Wouandzani " et des projections de faible hauteur ont continué à retomber occasionnellement sur les flancs de ce cône.
Nous avons continué à visiter régulièrement le fond du cratère Dolomieu pour photographier et filmer les différentes langues de lave pahoehoe qui prennent toutes les formes typiques de l'activité hawaïenne lorsque une " nappe de pahoehoe " progresse sur un terrain plat ou en faible pente : laves en tripes qui ressemblent à de gros intestins, laves cordées , laves en spirales qui s'enroulent autour d'un petit obstacle, ampoules de lave sortes de boursouflures dues à la migration vers la surface de bulles de gaz à la manière des maîtres verriers qui soufflent de l'air dans du verre en fusion, doigts de lave espèces de petites protubérances qui naissent et gonflent sur le bord des coulées pahoehoe.
L'un des aspects caractéristiques de la progression de ces nappes de lave est leur lent gonflement qui était parfois perceptible à l'oeil. Il est possible de progresser un très court laps de temps sur ces nappes avec de bonnes chaussures ( semelles en matière inflammable s'abstenir ! ), ce qui permet de constater la nature plastique de la carapace et d'en percevoir le gonflement !
Début octobre 75 % du fond du Dolomieu était rempli par ces nouvelles laves et le " trémor " de l'éruption faiblissait très lentement, mais progressivement. La fin de l'éruption approchait-elle ? Les 5 semaines d'activité pouvaient le laisser penser. Cependant un calcul approximatif donnant entre 4 et 6 millions de mètres cubes des laves émises depuis le mois de juillet, indiquait que ce volume était clairement inférieur à celui à l'origine du gonflement précédant la première phase éruptive de juillet. Il restait donc du magma qui ne demandait qu'à sortir !
Quelques jours plus tard le dimanche 8 octobre, le centre météorologique de La Réunion annonça que, suite à la formation d'un anticyclone très puissant ( 1045 millibars ), au Sud de La Réunion, de forme elliptique très particulière ( le grand axe de l'ellipse était orientée Nord Sud et non Est Ouest comme à l'accoutumée ), des masses d'air humides et très froides venant directement du continent Antarctique étaient attendues sur l'île. Des chutes de neige étaient envisagées sur le volcan le lundi soir avec un vent violent.
Le préfet décidait la fermeture de l'Enclos jusqu'au retour du beau temps.
Le lendemain, le 9 octobre, de nombreux réunionnais décidaient d'aller passer la nuit suivante au gîte du volcan ou de " pique-niquer " la nuit dans leur voiture malgré le froid, le vent et le brouillard afin de " voir la neige ". Ce matin là l'Observatoire Volcanologique notait une chute brutale du " trémor " pendant une heure, suivi d'une augmentation progressive dans les 2 heures suivantes pour atteindre en fin de matinée une valeur supérieure de 30 % à celle de la veille. Que se passait-il au piton Wouandzani ? La réponse ne devait être connue que le lendemain soir.
Au cours de la nuit du 9 au 10 octobre plusieurs centimètres de neige tombèrent sur le Piton de La Fournaise comme en août 2003, phénomène qui, semble-t-il, ne s'est pas produit au 20ème siècle. La répétition de cet évènement exceptionnel, des chutes de neige à 2000 mètres d'altitude sous les tropiques, est-il lié au réchauffement climatique ? Les météorologues interrogés restent très prudents et parlent plutôt de configuration des anticyclones et dépressions des " quarantièmes rugissants " très particulière.

photo: Francois MARTEL
L'après-midi du 10 octobre trois passionnés du volcan gravirent le volcan sous la neige et parvinrent au bord du Dolomieu dans le brouillard, alors que quelques flocons de neige continuaient à tomber. Ils s'apprêtaient à redescendre quand une éclaircie se produisit et découvrirent alors qu'un nouveau cône était en construction et que " La Wouandzani " était tout blanc tout en exhalant des gaz volcaniques !
Ce nouvel édifice probablement né le 9 au matin, se situait près du bord du Dolomieu à une centaine de mètres de l'autre cône. Les journalistes n'attendirent pas cette fois l'aval de l'Observatoire pour le baptiser, dès le lendemain, " Piton La Neige ".
Nous sommes partis le soir même de ce 10 octobre pour découvrir le nouveau cratère et le volcan sous la neige. L'ascension du Bory cette nuit là restera un souvenir impérissable. Il régnait un froid glacial et la neige qui avait commencé à fondre dans la journée avait gelé rendant le terrain particulièrement glissant. L'atmosphère rappelait les départs en fin de nuit d'un refuge alpestre pour une randonnée de ski de printemps !
La progression marquée de quelques chutes sur le terrain verglacé nous amena au lever du jour à découvrir un spectacle incroyable : une éruption hawaïenne sous la neige !
Le nouveau cône proche du rempart du Dolomieu, était largement ouvert, ce qui permettait d'observer le lac de lave intérieur à moins d'une centaine de mètres. La chaleur était intense, mais tout autour de nous le sol était couvert de neige ! Le sol autour du nouveau cratère était plat, aussi la lave pahoehoe qui s'évacuait du cratère progressait avec difficulté et se recouvrait d'une croûte éphémère. Le magma non dégazé plus léger, prisonnier sous la croûte, finissait par briser la carapace et se répandre sur elle, créant des mares de lave temporaires. Une nouvelle carapace se formait alors et le phénomène se reproduisait quelque temps plus tard, précédé par un gonflement de la croûte, visible de notre point d'observation surplombant à une cinquantaine de mètres de distance.
Voir un champ de pahoehoe en activité au milieu de la neige est un évènement rarissime et peu de témoins dans le passé ont eu la possibilité d'assister à un tel spectacle, quelque uns probablement au cours des anciennes éruptions du Mauna Loa à Hawaï.
Un survol en hélicoptère le soir nous permit d'apercevoir un petit lac de lave encore très actif au fond du Wouandzani.
Le lendemain le nouveau cône s'était refermé et le lac de lave intérieur n'était plus visible. En moins d'une semaine les projections édifièrent un édifice d'une vingtaine de mètres de hauteur pendant que La Wouandzani cessait toute activité et s'écroulait en partie perdant un tiers de sa hauteur.
De superbes nappes de pahoehoe et des mares de lave transitoires ont continué à s'épancher dans le Dolomieu. Le 19 octobre le cône du Piton La Neige commençait à se refermer et peu de projections et de coulées étaient visibles. Cependant l'Observatoire Volcanologique constatait une augmentation lente et régulière du " trémor ", ce bruit sismique continu dû à l'éruption. Quelques jours plus tard de nombreuses petites nappes de lave étaient visibles et la partie accessible du plancher du Dolomieu se réduisait comme une peau de chagrin.
Le " trémor " finit par atteindre son niveau le plus élevé, celui de la mi-septembre vers le 30 octobre. Au cours de ce dernier week-end d'octobre, le mauvais temps interdit toute observation, mais le 31 octobre avec le retour du beau temps, on constatait un nouveau changement. Une petite coulée de pahoehoe avait réussi à franchir le bord du Dolomieu et à descendre jusqu'au cratère Maillard.
L'édifice volcanique s'était élargi, ses pentes s'étaient redressées lui donnant une allure inhabituelle de cylindre et un superbe lac de lave trônait à quelques mètres de son sommet, bien au-dessus du plancher du Dolomieu. Ce lac bouillonnant d'une quinzaine de mètres de diamètre, était très agité et périodiquement de grosses bulles de gaz le soulevaient et des demi sphères de lave pouvant atteindre une dizaine de mètres de diamètre étaient propulsées régulièrement au-dessus du " cylindre-cône " !
En fin d'après-midi ce dernier jour d'octobre, notre point d'observation était situé sur un éperon rocheux du rempart du Dolomieu à une cinquantaine de mètres du cratère en activité et au même niveau que son sommet, le froid commençait à être vif, mais à chaque apparition de ces énormes " bulles de lave " que nous observions hypnotisés, une onde de chaleur bienfaisante nous réchauffait
 
lave lisse dans le Dolomieu et photo du nouveau cratère le Moinama, avec en arrière plan le Wouandzani.
www.delajartre.com
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