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Interview des Guides Peï

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INTERVIEW DES ANCIENS GUIDES ( Film n° 4 )



Les plus anciens récits concernant le volcan datent du 18ème siècle.
D'ailleurs la 1ère expédition connue est celle de Fréri en 1751. A cette époque le volcan était vécu comme un lieu très mystérieux, voilà à ce sujet un témoignage du 18ème siècle :

« Vers l'orient, il y a un furieux volcan, montagne qui vomit du feu et qui fait de grands ravages. Ses feux sont perpétuels et les environs sont brûlés et couverts de pierres fondues par ses feux, cassantes et tranchantes comme des pierres à fusil. Ce pays est désert et ne vaut rien du tout. On le nomme le pays brûlé ».
Ce nom est resté et cette région se nomme aujourd'hui le Grand Brûlé.

Les premières expéditions scientifiques datent de la fin du 18ème siècle. La plus célèbre d'entre elles est celle de Bory de Saint Vincent. Il donne une description assez étrange d'une éruption qu'il a vu dans le cratère sommital qu'il baptisa cratère Dolomieu en hommage au grand minéralogiste dont il venait d'apprendre la mort :

« il s'agit d'une gueule ardente qui ressemble à un gouffre embrasé qui vomit des flammes. A nos pieds au fond d'un abîme elliptique, immense, jaillissent deux gerbes contiguës de matières ignées dont les vagues tumultueuses lancées à plus de 20 mètres de hauteur s'entrechoquent et brillent d'une lumière sanglante. Un bruit continu et semblable à celui d'une énorme cascade accompagne ce tableau majestueux et remplit l'âme d'épouvante et d'admiration »

Le volcan est resté difficile d'accès jusque dans les années 1970. Si nous disposons d'informations sur les éruptions antérieures, c'est en grande partie grâce aux anciens guides. Ils ont encadré les expéditions sur La Fournaise qui nécessitaient en moyenne 4 jours. Le plus célèbre d'entre eux fût Alfred Picard qui a dirigé la plupart de ces randonnées entre 1920 et 1970.

Nous avons parmi nous Alexandre Picard qui est son frère, Guy Picard qui est son fils, Jacques Picard qui fût responsable du gîte du volcan de 1962 à 2000 et Yves Picard qui a pris le relais, Richard Lebihan qui a connu la grande éruption du Château Fort en 1948 et qui a encadré des expéditions jusque dans les années 1980 et son fils Jean Maurice Lebihan qui a fait de même pendant une trentaine d'années.

Jusque dans les années 1960, les cratères ne portaient pas de nom, on les baptisait en fonction de l'année de leur naissance. Ainsi on parlait du cratère 1931, du cratère 1939, du cratère 1948. Mais on a très vite donné un nouveau nom au cratère 1948, sa forme a suggéré le nom de « château fort ».
Richard Lebihan : « En ce temps là, on l'appelait le cratère 48. Ce fût une très belle éruption, et nous avons passé 2 nuits sur place »
Alexandre Picard : « Nous étions 3 et nous travaillions sur la piste au Piton de Bois Vert. Nous avons entendu les explosions et nous nous sommes précipités au bord du rempart et nous avons veillé toute la nuit. Les projections étaient incroyables et montaient au moins à 200 mètres de hauteur, puis très vite les coulées sont allées dans les Grandes Pentes. Le sol tremblait et faisait beaucoup de bruit »


Alain Gerente : « Quel est votre meilleur souvenir ? »

Richard Lebihan : « mon meilleur souvenir est d'avoir préparé un cari de Palmistes chauffé sur la lave chaude en utilisant le riz emmené dans le sac à dos et les palmistes près des coulées»


Alain Gerente : « Un cari de palmistes sur les coulées ! »

Richard Lebihan : « sur les coulées ! »

Alexandre Picard : « Et dans ce temps là, rares étaient les personnes qui montaient au volcan. Il fallait des gens très costauds.
A la Plaine des Cafres, le dernier village avant le volcan, les habitants savaient qu'une éruption commençait quand le soir les nuages en direction du volcan étaient rouges. Là les 2 ou 3 personnes les plus costauds montaient vers le volcan, mais il fallait plusieurs jours. On dormait dans les cavernes, il n'y avait pas de gîte, pas de tente. On vivait avec l'eau des ravines, pas toujours très potable, mais l'eau en bouteille n'existait pas »


Alain Gerente : « En fait le premier gîte date de 1926 et a été monté par Jean Maurice et Alfred Picard »

Guy Picard : « Alfred Picard était mon père. Il a commencé à être porteur avec son oncle à partir des années 1910, puis est devenu guide en 1920 parce que son oncle est revenu en mauvaise santé de la guerre 1914-1918.
En ce temps là quand une expédition au volcan s'organisait, un télégramme était envoyé à la gendarmerie , et un gendarme venait avec un cheval rouge voir mon père et lui dire par exemple - 10 touristes vont venir demain, il faut 6 porteurs et un guide. Nous on disait , tiens le monde riche va au volcan !
On partait le matin vers 5 heures, on s'arrêtait vers midi dans la Ravine des Lataniers, on faisait cuire le riz avec un morceau de morue . Les touristes eux avaient du pain, un pain qui restait bon toute la semaine. Nous on ne connaissait pas le pain, il n'y en avait que pour les fêtes, les mariages.
On repartait et on arrivait vers le vieux gîte en fin d'après-midi. On se reposait un peu et puis il fallait trouver du bois pour le feu, de l'eau et de la paille pour le gîte, car il n'y avait pas de lit.
Le lendemain matin, s'il y avait 6 porteurs, 3 restaient pour trouver de l'eau et du bois pour le 2ème soir, faire sécher la paille, pendant que les autres porteurs partaient sur le volcan avec les touristes .
Pour la préparation du café, on faisait chauffer l'eau dans une marmite. On écrasait le café avec une bouteille, on le mettait ensuite entre 2 petits morceaux de bois au dessus d'une boîte de lait concentré vide et percée de 2 trous, et on versait l'eau de la bouilloire dessus ! »

Jean Maurice Lebihan : « J'ai accompagné mon père pendant une dizaine d'années, et comme il se fatiguait, je lui ai dit : reste à la maison , je vais te remplacer. Je suis allé plus d'une centaine de fois comme guide, une fois avec Haroun Tazieff, une fois avec Maurice Krafft."


Alain Gerente : « Jacques, quels sont tes souvenirs les plus marquants au gîte »

Jacques Picard : « Il y a de bons moments, de mauvais moments, des moments de joie, des moments de peine, mais comme le volcan est à 3 kilomètres d'ici, tout se passe bien »


Alain Gerente : « Quand tu as pris la direction du gîte, la route d'accès au volcan n'était pas faite. Il fallait porter toutes les charges à dos d'homme »

Jacques Picard : « Par exemple, la grosse armoire du gîte est venue à dos d'homme, comme le gaz , le riz , les poules, les lapins pour le poulailler, tout venait à dos d'homme »


Alain Gerente : « La construction de la route a pris 18 ans, de 1950 à 1968 »

Jean Maurice Lebihan : « La première éruption après l'ouverture de la route a été celle du cratère Magne en 1972 . Il y a eu un nombre incroyable de touristes qui ont voulu des guides. Il n'y en avait pas suffisamment. J'ai du allé tous les jours sur l'éruption."


Alain Gerente : « Je me souviens d'un samedi où il y a eu 3000 personnes près des coulées de lave. Il y avait 4 kilomètres de voitures parquées sur la route d'accès au volcan. C'est la première fois de l'histoire de La Fournaise où il y a eu autant de visiteurs »

Jean Maurice Lebihan : « Pour descendre le Pas de Bellecombe, ce qui nécessite 10 minutes, il fallait plus d'une heure et faire très attention pour que les gens ne tombent pas dans les falaises »


Alain Gerente : « Jacques Picard a été le gardien du volcan pendant plus de 35 ans »

Jacques Picard : « La définition d'un gardien du volcan, c'est un homme dévoué au volcan , mais c'est tout à la fois, donner à manger, dépanner les voitures en panne, donner des renseignements, s'occuper des sauvetages éventuels quand il y avait des blessés, tout cela sans aucun jour de vacances et maintenant c'est Yves qui a pris la relève »
Yves Picard : « Cela fait toujours plaisir d'entendre les anciens parler, je suis le plus jeune à avoir repris le flambeau. Autrefois il fallait beaucoup de courage, mais j'ai toujours traîné dans le coin et quand j'étais adolescent, bien que mon école soit à 24 kilomètres d'ici, je venais ici à pied pour donner un coup de main dès que j'avais un moment de libre et j'ai suivi pendant plus de 20 ans toutes les éruptions.
Jacques m'entraînait à chaque fois voir les coulées de lave. J'étais à la bonne école. Les bons souvenirs, c'était de décoller dans la nuit avec son sac à dos, une boule de riz et assister aux éruptions. C'était une chance de bénéficier du conseil des anciens et cela m'a permis de comprendre le fonctionnement du gîte et de reprendre aujourd'hui le flambeau »


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Contacts: Alain Gerente (Scientifique/Cinéaste) - Roxane DE LAJARTRE (Web designer / Graphiste) - Paul DE LAJARTRE (Photographe)

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